Info-Documentation Juin 2018 + Conférence 1

Notre numéro trimestriel de l’Info-documentation  Juin 2018 vient tout juste de sortir! Nous vous donnons l’occasion de lire les actes du Congrès 2018.  Tout au long de l’été, des parties des actes seront publiées.

Bonne lecture!

Actes du Congrès 2018

 

Conférence 1
L’importance des archives judiciaires dans l’interprétation des grands procès québécois
Éric Veillette
Auteur et chercheur
Résumé par Maxime Valcourt-Blouin

 

Dans le cadre de sa conférence offerte lors du congrès de l’APTDQ, M. Éric Veillette nous a présenté les fruits de ses études dans les archives de plusieurs grands procès criminels québécois. Ces procès étaient ceux de :

  • Marie-Anne Houde, la « marâtre » à l’origine des mauvais traitements ayant causé la mort d’Aurore Gagnon, « l’enfant-martyre » (1920) ;
  • Blanche Garneau (1920), dont l’assassinat, autour duquel pesaient des soupçons de complot politique, amena le gouvernement Taschereau à créer une commission d’enquête ;
  • Alexandre Lavallée (1926-1927), qui fut retrouvé endormi aux côtés de sa fille tuée et dont la condamnation à mort suscita des doutes sur l’impartialité du jury ;
  • L’affaire Sault-au-Cochon (1949), premier attentat aérien au Québec et crime passionnel commis par Albert Guay, au sujet de laquelle des doutes planaient sur la culpabilité d’une de ses complices ;
  • Denise Therrien (1961), dont l’assassinat amena son meurtrier emprisonné à publier des mémoires où ce dernier cherche à se disculper ;
  • La crise d’octobre (1970), à propos de laquelle des doutes demeurent concernant le meurtrier du ministre Pierre Laporte et des circonstances exactes de son décès.

 

Ces différentes causes criminelles ont, à des degrés variables, laissé une empreinte dans la mémoire des Québécois et influencé leur imaginaire. Dans certains cas, elles ont fait l’objet d’œuvres de fiction. Or, comme la présentation de notre conférencier l’a bien démontré, un recours adéquat aux archives judiciaires reliées à ces causes permet souvent de lever le voile sur des questions laissées sans réponse ou de rectifier les faits, ce qui permet de confirmer ou d’infirmer certaines perceptions liées à ces crimes ou de mettre fin à des controverses persistantes à leur sujet.

 

Les recherches d’Éric Veillette, accomplies en se concentrant essentiellement sur les dossiers des procès eux-mêmes, permettent non seulement de rétablir les faits par rapport à ce qui a été souvent raconté ou spéculé en lien avec ces procès, mais aussi fort souvent de faire œuvre de mémoire en révélant des injustices ailleurs que là où on le pensait parfois au départ. L’analyse de ces archives donne ainsi l’occasion de mettre clairement de l’avant l’importance de celles-ci pour le travail de l’historien ainsi que la nécessité de leur mise en valeur et de leur préservation pour la mémoire collective du Québec.

 

De fait, dans le cas de Marie-Anne Houde, par exemple, des personnes avaient été portées à entretenir l’hypothèse qu’elle était atteinte d’aliénation mentale. Sur ce point, la lecture des dépositions liées à son procès montre bien que certains de ses actes criminels s’opposaient à cette hypothèse, puisque bon nombre étaient nettement prémédités (comme l’acte de faire boire à la jeune Aurore de l’acide caustique).

 

Quant à l’affaire Sault-au-Cochon, on soupçonnait Marguerite Ruest, une des complices d’Albert Guay et la toute dernière femme à être pendue au Canada, d’être en réalité innocente de cet attentat dans lequel elle et son époux, Généreux Ruest, avaient été impliqués. Dans son cas, les déclarations contradictoires et les nombreux mensonges qui se révèlent à celui qui lit ses dépositions dévoilent que celle-ci fut en fait, selon toute vraisemblance, condamnée avec raison.

 

Quant au volumineux dossier judiciaire de Blanche Gagnon, M. Veillette nous a démontré que ce dernier ne révélait non pas des signes de complot entourant la mort de la jeune femme, mais bien plutôt l’incurie et le manque de rigueur des forces de l’ordre de ce temps dans la gestion et la tenue des divers éléments de l’enquête la concernant. Plusieurs détails ressortant des interrogatoires et contre-interrogatoires réalisés sur les forces de l’ordre impliquées dans l’enquête montrent bien aujourd’hui que cette dernière aurait probablement pu mener à identifier les coupables si la police et les enquêteurs avaient agi avec plus de diligence.

 

L’analyse des cas d’Alexandre Lavallée et de Denise Therrien, quant à elle, nous montre bien comment les sources archivistiques permettaient de répondre aux questions et de démystifier des controverses planant autour de certains cas juridiques. Dans le premier cas, on était porté à penser que le jury l’ayant condamné était partial, car il serait provenu en entier du village de l’accusé. La liste conservée dans les journaux d’époque des jurés de ce procès invalide aujourd’hui cette thèse. Quant à Denise Therrien, la consultation des photos judiciaires permet, de nos jours, d’invalider l’idée avancée dans les mémoires de son meurtrier comme quoi celle-ci serait morte non pas de sa main, mais en tombant dans un escalier.

 

En somme, comme nous l’a mentionné M. Veillette, qu’il s’agisse des dépositions des différents témoins ou des enquêtes de coroner (lesquelles peuvent aussi servir pour les recherches généalogiques), les archives judiciaires offrent souvent une image plus précise des affaires ayant secoué l’histoire du Québec que ce qui en a été dit par la suite. Elles permettent aussi de déterminer a fortiori à quel degré les ouvrages de fiction qui se sont inspirés d’eux sont bien documentés, à quel point ils puisent aux sources originales de manière honnête et dans quelle mesure ils offrent une représentation crédible de la réalité historique. Avant de critiquer un verdict, selon lui, il faut toujours prendre la peine de revoir le dossier original.

 

Il n’en demeure pas moins que la consultation de ces archives implique maintes fois des difficultés. Ces archives sont souvent volumineuses (plusieurs milliers de pages pour un dossier), ce qui occasionne parfois des coûts importants de reproduction pour les personnes qui veulent les consulter. Par ailleurs, ces documents témoins ne sont pas toujours accessibles. Ainsi, dans le cas de la crise d’octobre, M. Veillette regrettait ne pas pouvoir avoir accès à la plupart des dossiers entourant cet événement avant 2070. On ne peut interpréter des documents qui demeurent inaccessibles au public. Certains retards dans le versement des dossiers nuisent parfois aussi à leur consultation.

 

Brève présentation du conférencier

Natif de la Mauricie, Éric VEILLETTE s’est démarqué au cours de ces dernières années par ses recherches en histoire, notamment par l’entremise de son blogue Historiquement logique! [historiquementlogique.com]. Après avoir fait des études en histoire, avoir donné plusieurs conférences et avoir été à l’origine de maintes publications, M. Veillette poursuit présentement des études en Techniques de la documentation au Cégep de Trois-Rivières.

 

 

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