Chronique thématique 8

Voici la nouvelle chronique thématique de Serge Bertin du mois de janvier, qui porte sur les péripéties de la maison d’édition La courte échelle. Les chroniques thématiques précédentes sont archivées dans la section actualités. Vous les découvrirez en suivant ce lien. Bonne lecture!

La courte échelle

par Serge Bertin

Salutations à tous mes collègues techniciennes et techniciens en documentation. C’est avec plaisir, en ce début de nouvelle année, que je vous présente ma huitième chronique thématique qui porte sur l’affaire de la maison d’édition La courte échelle.

 

Toute cette affaire débutait par un article du journal Le Devoir du 8 octobre dernier, titré « La courte échelle tombe de haut », qui nous apprenait que la directrice, Hélène Derome, avait congédié tous les employés et restait seule à bord. Les difficultés financières de la maison d’édition semblent en lien avec la faillite des Messageries de presse Benjamin.

 

La suite logique des choses se manifestait par l’annonce de la faillite de l’entreprise, comme l’annonçait cet article de Radio-Canada du 10 octobre : « Faillite à La courte échelle ».

 

L’Union des écrivaines et écrivains du Québec (UNEQ) réagissait à cette nouvelle par voie de communiqué : « L’UNEQ catastrophée par la faillite des éditions de La courte échelle, une figure de proue de la littérature jeunesse au Québec ».

 

La faillite de l’éditeur semait ensuite la consternation chez les auteurs et illustrateurs de la maison, qui s’inquiétaient pour leurs droits d’auteur pendant que le syndic de faillite tentait de trouver un nouvel acquéreur pour l’entreprise, comme en témoignait cet article du journal le Devoir du 17 octobre : « La courte échelle mise en vente ».

 

Un article de Radio-Canada du 20 octobre, titré « La courte échelle : mise en vente imminente », rendait compte de l’évolution du dossier.

 

La ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, annonçait le 23 octobre dans un article du journal Le Devoir titré « La ministre David aidera les auteurs », que le gouvernement du Québec viendra en aide aux auteurs et illustrateurs de la courte échelle. Il apparaît en effet que la loi fédérale sur les faillites a préséance sur la Loi québécoise du statut professionnel de l’artiste et donc sur les clauses des contrats d’édition des auteurs et des illustrateurs.

 

La situation dramatique des auteurs et des illustrateurs était par la suite très bien illustrée par le cri du cœur de l’auteure Annie Groove, comme rapporté dans cet article de La Presse du 29 octobre : « Faillite de La courte échelle : des droits d’auteur « pris en otage » ».

 

Les partis politiques fédéraux de l’opposition, à commencer par le Bloc québécois, réclamaient par ailleurs des changements à la loi fédérale sur les faillites dans cet article du journal Le Devoir du 5 novembre dernier : « Le dossier de La courte échelle se hisse à Ottawa ».

 

Puis, cet article de La Presse publié le même jour se consacrait en détail sur les pertes en droits d’auteur des auteurs et des illustrateurs depuis la faillite de la maison d’édition : « La courte échelle : des milliers de dollars en droits d’auteur impayés ».

 

Pendant ce temps, le syndic de faillite, insatisfait des offres reçues, faisait une nouvelle demande de soumissions pour les actifs de l’entreprise, comme le rapportait un article du journal Le Devoir du 6 novembre : « Nouvel appel d’offres pour La courte échelle ».

 

Puis, c’était au tour du Nouveau parti démocratique (NPD) de réclamer des changements à la loi fédérale sur les faillites, comme le rapportait cet article de La Presse du 14 novembre dernier : « La courte échelle : le NPD veut changer la loi fédérale sur la faillite ».

 

Le 25 novembre, dans un article du journal Le Devoir, Anne-Claude Trudeau, avocate et rédactrice en chef du journal d’analyse juridique Faits et causes, publiait un texte fort éclairant sur les contradictions juridiques dans ce dossier entre la loi fédérale sur la faillite et l’insolvabilité et la Loi québécoise sur le statut de l’artiste : « Un conflit de lois à régler au plus vite ».

 

C’était finalement confirmé : on apprenait le 5 décembre dernier qu’une entente entre le syndic de faillite et Marie-Ève Talbot et son père Raymond, ancien propriétaire des librairies Champigny à Montréal, venait d’être conclue.

 

Malgré toutes ces péripéties, on a encore tout de même bon espoir de relancer la maison d’édition sur le chemin de la rentabilité tout en gardant la majorité des auteurs. Bien sûr, tous les fils ne sont pas encore attachés ni tous les problèmes réglés… On peut lire l’article de La Presse sur le sujet titré « La courte échelle a de nouveaux propriétaires ».

 

Et celui de Radio-Canada : « La courte échelle est vendue ».

 

Et voici en vrac quelques réactions en commençant avec celle des nouveaux propriétaires : « La courte échelle est de retour! »

 

Celle de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) : « L’UNEQ encouragée par la reprise des activités aux éditions de La courte échelle ».

 

Et celle de la ministre de la Culture et des Communications, Hélène David, en communiqué de presse.

 

Mais des auteurs comme Annie Groovie ont quitté la maison d’édition, ce que l’on peut lire dans l’article « À peine rachetée, La courte échelle perd une auteure vedette ».

 

C’était ensuite Chrystine Brouillet qui annonçait son départ de La courte échelle, dans cet article du journal Le Devoir du 9 décembre dernier : « Chrystine Brouillet quitte La courte échelle ».

 

Que conclure de toute cette affaire? À mon avis deux constats s’imposent. Tout d’abord, la fragilité de notre monde de l’édition demeure réelle, quoi que l’on en pense, et celui-ci mériterait à coup sûr d’être mieux soutenu. Mais plus grave à mon sens, toute cette affaire nous démontre à l’évidence, contrairement à ce que l’on pouvait croire jusqu’à présent, de graves défaillances dans la protection des droits d’auteur. La préséance de la loi fédérale sur les faillites sur la Loi québécoise sur le statut professionnel de l’artiste fait en sorte de laisser, en cas de faillite de l’éditeur, les auteurs (et dans le cas présent les illustrateurs aussi) en état de grande vulnérabilité financière. Des discussions fédérales-provinciales devront avoir lieu dans les meilleurs délais pour éventuellement faire les changements législatifs nécessaires pour protéger les créateurs de notre littérature.

 

 

2 réponses à “Chronique thématique 8”

  1. Cynthia St-Pierre dit :

    Merci de m’aider à me tenir au courant de ce qui se passe dans notre domaine!

  2. Merci de chroniquer cette situation. Je suis technicienne en documentation ainsi qu’auteure à mon compte. Ce debacle m’a montré que je fais bien de rester indépendante. J’ai entendu deux histoires: une petite maison d’édition qui est partie avec les livres non-vendues meme si l’auteur (un monsieur de Québec) avait payé l’impression et une autre maison qui a carrément jetté des livres dans la poubelle après qu’elle ait récupéré son investissement initiale. L’auteure (encore de Québec) et son époux se sont jetés dans le contenant pour ensuite les prendre chez eux. Je crois qu’ils en ont vendu quelques-uns et ils en ont donné à plusieurs bibliothèques. (C’était un livre sur l’histoire du Québec).

    Oui, je fais plus confiance à Amazon.

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